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EOS : Gouvernance, arbitrage et « code is law »

Ces premières semaines qui ont suivi la naissance de la blockchain EOS ont été marquées par des polémiques concernant les décisions prises par les producteurs de blocs (gel de comptes incriminés dans des activités de phishing), le rôle de l’ECAF (le forum d’arbitrage d’EOS), et la teneur de la Constitution d’EOS.

Nous avions soutenu la décision conjointe – prise par certains producteurs de blocs – de geler 7 comptes qui contenaient des fonds dérobés à plusieurs membres d’EOS (des faits avérés). Notre opinion était que cette décision relevait de la bonne foi des producteurs de blocs, qui pour protéger les membres concernés, avaient utilisé les outils à leur disposition sans attendre l’avis de l’ECAF. Nous pensons que la protection de la propriété privée des membres, au lancement de la blockchain EOS, en l’absence de processus d’arbitrage rapide et efficace, justifiait cette décision. Néanmoins, cette affaire soulève plusieurs questions :

  • La Constitution d’EOS est-elle suffisamment précise pour établir des règles communes à la communauté ?
  • Est-il du ressort de l’ECAF de traiter les cas de phishing, de pertes de clefs privées ? Quelle est la pertinence de ce forum d’arbitrage si les producteurs de blocs ne tiennent pas compte de ses directives ?
  • Quelle est la contrepartie du pouvoir suprême confié aux top 21 producteurs de blocs ? En particulier, si ces derniers peuvent outrepasser l’avis du forum d’arbitrage et geler des comptes d’un commun accord, cela affaiblit-il considérablement la résistance à la censure du réseau ?
  • À partir de quelle quantité de fonds perdus, et de quel degré d’erreur, peut-on raisonnablement intervenir pour protéger les membres d’EOS ?

Il faut également reconnaître le fait que l’organe d’administration des litiges, l’ECAF, présente un fonctionnement reste très opaque pour la communauté EOS. De plus, la Constitution d’EOS est jugée trop subjective par de nombreux membres.

Récemment, Dan Larimer a jugé l’intervention des producteurs de blocs « plus dommageable pour le réseau EOS que le vol des fonds lui-même », et a appelé les producteurs de blocs à « faire preuve de générosité et à rembourser les membres floués par des donations« .

Dan Larimer a également suggéré des modalités d’amendement de la Constitution d’EOS par les détenteurs de tokens. La Constitution peut être amendée par un vote des détenteurs de jetons EOS. Ce vote doit recueillir :

  • Au moins 15% de participation ;
  • Pas moins de 10% de plus de votes « Oui » que de votes « non »
  • Une durée de soutien de 30 jours consécutifs dans une période de 120 jours.

Contrats Ricardiens et gouvernance :

L’un des concepts qui différencie fortement EOS des autres plateformes d’échange de valeur et d’applications décentralisées, c’est le mélange entre consensus social et consensus algorithmique. On parle à ce titre de « blockchain gouvernée » – un terme qui est impropre mais qui résume l’idée d’une couche sociale interventionniste se plaçant au-dessus du code informatique.

Un contrat Ricardien établit une relation contractuelle entre plusieurs parties, qui sera exécutée via le code informatique. Un smart contract est un contrat Ricardien déployé sur une blockchain.

L’idée du « code is law », d’origine cypherpunk, est un idéal que même Bitcoin et Ethereum n’ont pas pu atteindre. En réalité, les blockchains actuelles comportent toutes un facteur humain dans leur gouvernance. EOS a pris le parti d’inclure cette couche sociale dès la création du protocole.

Il s’agit d’un changement de paradigme dans l’univers des blockchains ouvertes, tous mécanismes de consensus confondus. La cryptosphère place généralement le code bien au-dessus de l’humain, comme le montrent les récents déboires sur Ethereum avec l’affaire du contrat multi-signatures de Parity : l’erreur est humaine et la sanction financière ! Sur EOS, les membres ont la possibilité de soumettre des contestations, et avec l’assentiment d’arbitres indépendants, les producteurs de blocs ont le pouvoir d’effectuer certaines opérations qui sont impossibles sur la plupart des blockchains ouvertes, comme le gel de comptes. Ce pouvoir suprême attire ou effraie, et EOS se trouve donc au cœur de toutes les polémiques, mais ce modèle de gouvernance est précisément un facteur de différenciation qui a séduit l’équipe de franceos.

Qu’est-ce que l’ECAF ?

ECAF signifie EOS Core Arbitration Forum. Théoriquement, cette instance indépendante, composée d’arbitres eux-mêmes indépendants, est chargée de régler les litiges entre plusieurs parties sur EOS.

L’ECAF est un organe très controversé et ce depuis le lancement du mainnet, car son fonctionnement est opaque, sa gouvernance centralisée, et son état de développement est très peu avancé. À vrai dire, cet organe d’arbitrage n’était même pas opérationnel durant le lancement du mainnet. Il fut notamment incapable d’adresser les plaintes recueillies par EOS 911 concernant les fonds dérobés à certains membres par tromperie (phishing des clefs privées).

La Constitution d’EOS prévoit de laisser à l’ECAF le pouvoir d’intimer l’ordre aux producteurs de blocs de geler des comptes, lorsque le libre consentement de certaines parties est violé (notamment, par exemple, en cas de dol – c’est le cas des attaques de type phishing dont ont été victimes certains utilisateurs) :

« Les membres garantissent le droit de contracter et le droit de propriété privée entre eux, par conséquent, aucun bien ne peut changer de mains sauf avec le consentement de son propriétaire, par un ordre d’arbitrage valide ou par référendum communautaire. Cette Constitution ne crée aucun droit positif pour ou entre les Membres. » Art. III – Rights

Le problème de l’ECAF concerne sa légitimité. Il n’existe à l’heure actuelle aucun outil on-chain permettant de vérifier l’authenticité des plaintes reçues, aucun outil permettant de nommer les arbitres de façon décentralisée, et de manière générale la communauté des utilisateurs EOS n’a aucune visibilité et très peu de pouvoir sur les agissements des arbitres.

Le site Internet de l’ECAF est étrangement vide, et la défiance généralisée à l’encontre de cet organisme est très compréhensible au vu de l’opacité de son fonctionnement. Les règles d’arbitrage ont été élaborées, mais peu discutées, sur les forums d’EOS Go.

Vous pouvez retrouver le règlement de l’ECAF traduit en français par nos soins.

Il regroupe les règles encadrant les procédures de résolution des litiges et des conflits qui pourraient survenir entre différents membres de la communauté EOS.

Les différents que l’ECAF peut arbitrer sont les suivants :

  • Les litiges « classiques » : l’émetteur d’une plainte réclame des dommages et intérêts et des réparations ;
  • Les demandes d’intervention d’urgence pour corriger des bugs ou le gel de comptes ;
  • Les réclamations concernant des données relatives à la blockchain EOS ou s’y rapportant ;
  • Les réclamations incluant des procédures judiciaires provenant de tribunaux étrangers.

Le forum, dirigé par les arbitres, est donc créé afin de servir la Communauté EOS. Il devrait faire appliquer les règles définies de manière transparente, et pourra faire appel à divers intervenants pour appuyer ses décisions (experts, traducteurs, etc.)

Qui sont les arbitres ?

Les arbitres sont nommés par référendum de la communauté. Il est possible de les révoquer par quorum de plus des deux tiers des trois entités constitutives d’EOS : les producteurs de blocs, la Communauté et le forum.

L’ECAF, un fonctionnement mal défini

EOS New York a expliqué dans un article – suite à l’affaire de la fausse déclaration de l’ECAF – que face à l’impossibilité d’avoir confiance en les ordonnances de l’ECAF, et en l’absence de processus permettant de certifier on-chain la véracité des informations soumises aux producteurs de blocs, l’équipe prenait la décision de ne pas tenir compte des recommandations promulguées par l’ECAF tant que la situation ne s’améliorerait pas.

EOS New-York a également suggéré de renommer l’ECAF en ECDR (EOS Center for Dispute Resolution, centre de résolution des conflits d’EOS) et de préciser les rôles primaires de l’organe : maintenir un ensemble de règles pour résoudre les conflits et une base de données comprenant les arbitres indépendants de l’ECDR, ainsi qu’assister les parties ayant recours à une procédure d’arbitrage, du début à la fin de la procédure.

Quant au financement, tout comme franceos, EOS New York défend le marché libre. Les frais des procédures d’arbitrage devraient être déduits des fonds concernés par ces procédures.

Les propositions du premier producteur de bloc EOS concernant le processus d’arbitrage sont également très intéressantes : afin de fournir le plus de transparence possible, chaque arbitre devra signer les messages relatifs à la contestation avec sa clef, s’ils sont assortis de l’ensemble des règles utilisées pour arbitrer le cas. Les informations relatives à l’Arbitre (localisation, coûts, langue, expertise, nom de compte EOS) seraient stockées dans un JSON auquel n’importe quel membre de la communauté aurait accès.

Si chaque producteur de bloc s’est engagé à respecter la Constitution d’EOS, qui accorde un pouvoir décisionnel sur l’intégrité de la blockchain aux arbitres, encore faudrait-il que ces derniers aient l’assentiment de la communauté EOS dans son ensemble. Or, il est évident que ce n’est pas le cas; qui plus est, l’ECAF ne semble pas en état d’assurer la mission que la Constitution lui confère et que son règlement définit.

La position de franceos relative à l’ECAF

L’équipe franceos est composée de 9 membres acteurs de la crypto-économie, et regroupés autour d’un ensemble de principes communs. Nos valeurs et notre vision sont détaillées sur la page d’accueil de notre site Internet et peuvent se résumer assez simplement : le droit à la propriété privée, à la libre entreprise et aux relations contractuelles basées sur le libre consentement. Avec l’apparition des systèmes d’échanges de valeur décentralisées, l’idée d’une société où les rapports humains sont basés sur le libre consentement prend désormais la forme d’utopie concrète.

Cependant, les membres de l’équipe sont également des individus aux opinions variées. Par exemple, la décision des top BPs de geler des comptes n’a pas été accueillie favorablement à l’unanimité. Certains membres sont intransigeants avec l’école de pensée « Code is Law », depuis la lecture des billets de Nick Szabo jusqu’aux récents événements sur EOS, en passant par l’affaire TheDAO. Il est donc souvent difficile d’obtenir une position commune, et les débats peuvent être passionnés.

Nous plaçons la Constitution d’EOS au-dessus de tous les organes ou membres ayant un rôle à jouer dans la gouvernance d’EOS. L’idée d’avoir un ensemble de règles pouvant encadrer l’arbitrage des litiges et des conflits entre plusieurs membres est séduisante, mais extrêmement complexe à mettre en place. Globalement, nous sommes d’accord avec Dan Larimer qui juge cet interventionnisme dommageable. Ainsi, le code fait Loi, et les producteurs de blocs souhaitant interférer afin de protéger les droits de certains membres sont avant tous soumis aux principes définis dans la Constitution.

Nous sommes pour une Constitution concise, précise, rédigée en termes objectifs, énonçant des principes ne pouvant pas être sujets à plusieurs interprétations. Il s’agit des fondements d’une société solide, et l’Histoire montre qu’une société humaine basée sur une constitution lourde, complexe et subjective crée de nombreuses injustices et inefficientes. Si la Constitution d’EOS doit être révisée, c’est pour être plus claire, pour établir des principes qui font l’unanimité au sein de la communauté des membres d’EOS.

Un organe décisionnel comme l’ECAF devrait être beaucoup mieux administré avant de pouvoir influer sur les décisions des producteurs de blocs. L’étendue de ses pouvoirs devrait être définie dans la Constitution elle-même et tous les procédés d’arbitrage devraient pouvoir être ratifiés on-chain. La communauté des détenteurs de tokens devrait avoir un maximum de moyens disponibles pour être informée des décisions prises par les arbitres et devrait avoir un poids conséquent dans la nomination des arbitres.

L’organisation actuelle de l’ECAF ne satisfait pas la nécessité d’efficience et d’impartialité chère aux membres de l’équipe franceos, et cela semble être aussi largement le cas pour la Communauté. Cependant, la critique seule est totalement improductive. Nous souhaitons donc participer activement aux discussions pour améliorer ce système et nous enjoignons tous les membres d’EOS à faire de même.

Le code étant résistant face à la corruption, mais fragile face à l’erreur, il faut trouver le point d’équilibre entre l’absolutisme du « code is law » et la primauté de l’humain sur la machine. L’humain ne peut être à chaque fois supérieur au code et vice versa, le code ne peut supplanter totalement la justice des hommes ; les conditions de résolution nécessitent un dimensionnement des risques et une mise en perspective. Tant que l’intégrité de l’écosystème n’est pas mise en péril, rester sur le « code is law » est certainement la meilleure option.

Le but des systèmes d’échange de valeur décentralisés est d’avoir une allocation des richesses juste, prévisible et efficiente. Cela n’est valable que si le code est bon. Les risques sont donc à analyser au cas par cas, sur des faits tangibles et économiques. Le problème qui se pose est donc bien le dimensionnement des résolutions. L’ECAF ne devrait couvrir que les cas systémiques.

À l’instar de plusieurs producteurs de blocs, nous élaborons notre code de conduite, qui sera en accord avec la Constitution d’EOS, afin de préciser nos valeurs fondamentales, nos principes et notre feuille de route. Nous suivrons les préconisations de l’ECAF dans la mesure où elles ne sont pas le résultat de la coercition de certains membres, où elles ne violent pas la Constitution ni nos valeurs, et où les processus sont objectifs et transparents.

Enfin, nous militerons toujours pour une forme d’organisation la plus décentralisée et la plus impartiale possible.

La nouvelle version de la Constitution proposée par Block.one limite le pouvoir des arbitres à mettre en application ce qui est défini dans le code. À ce titre, nous soutenons cette nouvelle Constitution.

Longue vie à la Communauté EOS !

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